lundi 11 avril 2011

L'homme sous une lumière crue

Un petit pas pour l'homme
Stéphane Dompierre
2003 - 227 pages
Roman québécois

À 20 ans, rien de plus cool que d'être gérant d'une boutique de disque. Mais à 30 ans, c'est autre chose…

Avec sa copine, à bord de l’Écho, c'est en route pour acheter du papier cul que l’homme est frappé de « deux secondes de lucidité... ces deux secondes qui peuvent changer une vie ». Il décide subitement de rompre avec ladite copine après six ans de vie commune… très commune.

Ainsi s’amorce la grande quête existentielle d'un mâle déglingué. Dompierre nous y entraîne sans rien nous épargner, ni à son héros d’ailleurs. Convenu et incontournable, le parcours commence évidemment par la bite. Pourra-t-il se terminer par la tête ?

Le mâle conquérant et en rut s'aventure sans vergogne dans sa nouvelle liberté. Pas sans règle tout de même : « Tu devras toujours enlever tes bas avant ton pantalon, pour ne pas te retrouver à poil avec seulement tes bas, ce qui vachement inesthétique, même dans le plus sordide des films pornos ».

Le chasseur toujours à l'affût, à fleur de peau, tombe en amour à la moindre occasion, émotion violente qui, parfois, le laisse coi devant la belle, forcément. « J'essaie de me fabriquer un peu de salive et quelque chose à dire avec, mais c'est peine perdue, mon cerveau s'est liquéfié, coulant jusque dans mes bas. »

Le gaillard, par moments, reprend contact avec le réel. « Je peux facilement résumer ce que j'ai fait dans les derniers jours : rien. Dimanche, je me suis traîné du lit au divan où j'ai feuilleté sans conviction le catalogue IKEA, croyant que l'envie d'une Bagossen ou autre Inutiliten activerait une certaine activité cérébrale, mais non ».

Le pauvre type, finalement, l’ego réduit en miettes par l’inanité de sa situation. « C'est surprenant, parfois je peux penser que j'ai atteint le fond et puis hop, je découvre une petite porte et un escalier que je n'avais pas repérés au départ, et je m'enfonce un peu plus dans ma déprime ».

Le gars se résout, en dernier recours, à chercher réconfort auprès de ses semblables, mais... « Et puis nous sommes de vrais mâles, il ne faut pas trop parler de nos émotions, nous avons un rôle primordial de primates dégénérés à tenir dans cette société ».

Le mâle, enfin, aux prises avec sa conscience, douloureusement. « Putain ! Ma conscience est vraiment dure avec moi. Un jour elle va m'attirer dans une ruelle pour me péter la gueule ».

Puis, l’homme voit la lumière du jour au bout du tunnel… à moins que ce soit celle du train ? « Mon cœur bat comme s'il voulait sortir de mon corps et s'enfuir comme une poule sans tête. Je ne lui en donnerai pas la chance cette fois-ci. Il est trop rare que j'aille dans la bonne direction ».

Bon, ce n’est pas la première fois qu’un mec parle de sa quête existentielle, donc le propos n’est pas forcément original. Mais l’humour caustique de Dompierre et sa plume incisive l’éclairent d’une lucidité cruelle, néanmoins empathique, qui m’a fait lire son bouquin tout d’une traite. Ce n’est pas mauvais signe habituellement.

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