jeudi 15 septembre 2011

Éblouissant !

Qu’est-ce que vous voulez voir ?
Raymond Carver
Éditions de l’Olivier
2000 – 133 pages
Nouvelles


Plutôt qu’un livre, j’ai ressenti la curieuse sensation d’avoir lu un film tant le pouvoir d’évocation de Carver subjugue. Pourtant, son écriture est sobre, pure, économe, presque ascétique, malgré tout remarquable de précision et de finesse. Et, néanmoins d’une incroyable prégnance, car, si nos yeux glissent sur les phrases avec fluidité, elles n’en burinent pas moins notre esprit.

Ce recueil réunit cinq nouvelles* inédites de Carver découvertes après sa mort (1988). Il avait alors 50 ans et venait d’être intronisé à l’Académie américaine des Arts et des Lettres. D’après la postface de sa conjointe, la poétesse Tess Gallagher, ces nouvelles diffèrent de celles publiées du vivant de leur auteur, évoquant qu’il puisse s’agir d’œuvres inachevées**.

Elles le paraissent en effet. Toutes nous offrent un regard sur des tranches de vie sans réel début, ni fin manifeste. Des moments au premier abord insignifiants, mais qui s’animent bientôt d’une vigueur et d’une vérité implacables. L’une après l’autre, ces courtes histoires parlent d’une cassure, de l’instant où une chose meurt, d’un passage vers ailleurs, nous laissant chaque fois en suspens. Cela pourrait s’avérer frustrant, mais la maîtrise de l’écrivain nous en préserve. Ses nouvelles se passent aisément de prologues et d’épilogues.

Aussi inachevées soient-elles, elles témoignent d’un sublime raffinement littéraire. Peut-être, Carver les a-t-il voulues ainsi, incomplètes mais aussi proches de la perfection que possible. Quoi qu'il en soit, elles sont magistralement inachevées.


Notes

* L’essentiel de l’œuvre de Carver est constitué de poèmes et de nouvelles. Robert Altman a réalisé le film Short Cuts à partir de neuf de celles-ci.

** En raison de leur découverte tardive, il semblerait que les textes de ce recueil n’aient pas été victimes de l’inhabituelle liberté éditoriale que prenait son éditeur, Gordon Lish. Il appert en effet que celui-ci n’éprouvait aucune gêne à réécrire Carver. D’ailleurs, après de nombreuses années d’efforts madame Gallagher est parvenu à faire publier Débutants, soit l’original du manuscrit, amputé de moitié par Lish, paru sous le titre Parlez-moi d’amour en 1981.

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