vendredi 22 octobre 2010

Je suis donc je pense

L'erreur de Descartes : la raison des émotions
Antonio R. Damasso
2008 (édition révisée) — 349 pages
Éditions Odile Jacob
Essai

Avec son « Je pense donc je suis », Descartes a erré selon l'auteur qui lui oppose un vigoureux « Je suis donc
je pense ». En effet, neuroscientifique renommé, Damasso s'attaque à ce fameux postulat du XVIIe siècle par lequel René Descartes sépara la pensée du corps, l'esprit du cerveau. Il avance plutôt l'hypothèse que la « chose pensante » et la « chose mécanique » sont totalement et radicalement liées et interdépendantes dans la passion la plus ardente comme dans la raison la plus cartésienne. Bref, il vient joindre la conscience aux fonctions biologiques primaires et à l'interaction avec l'environnement.

« L'esprit, comme le corps, a ses mécanismes qui aussi spécifiques soient-ils ne peuvent tout 
simplement pas vivre en dehors et à l'abri des mécanismes de l'enveloppe biologique et des émotions »

Ce sujet m'a beaucoup intéressé puisque j'entretenais déjà l'intuition que l'esprit et le corps forment un tout solidaire et indissociable. En conséquence, nier la participation de l'un ou l'autre dans tout processus ou activité humaine m'est toujours apparu inconcevable.

La démonstration de Damasso peut se résumer ainsi :

·  L'esprit, le cerveau et le corps constituent un organisme intégré animé par des processus neuraux, biologiques et biochimiques interdépendants et complémentaires.
·  En toutes circonstances, cet organisme agit, réagit et interagit comme un tout.
·  Les processus tant mentaux que physiologiques émanent de ce tout fonctionnel et structural.
·  L'esprit n'est donc pas uniquement localisé dans le cerveau, car les phénomènes mentaux émanent de la totalité de l'organisme.


L'auteur soutient que nos processus mentaux ne sont pas plus à l'abri de notre organisme qu'ils ne le sont de notre environnement humain et physique, puisque nos émotions sont étroitement liées à nos complexes mécanismes socioculturels et biologiques. La réponse endocrine de notre organisme à divers facteurs et situations nous le prouve à tout moment. Elle ne cesse de modifier la chimie corporelle et agit puissamment sur notre faculté de raisonner. Le stress et son adrénaline, l'humeur et sa sérotonine n'en sont que deux exemples frappants. En outre, Damasso tient pour irréfutable la faculté d'exprimer et de ressentir des émotions puisqu'elles émanent de processus concrets se déroulant simultanément sur les plans cognitif et neural.

En conséquence, la raison serait-elle aussi pure que la prétendent les philosophes ? Je n'en doute que plus sérieusement après cette lecture. Mais je n'ai pas changé d'opinion sur le fait que l'esprit ne survit à l'homme que dans le monde des croyances.



« … il est intéressant de constater que les déterminants biologiques, qui sous-tendent ce 
que nous appelons la douleur et le plaisir, ont joué un rôle crucial au cours de l'évolution... le système 
immunitaire et la Déclaration des droits de l'homme sont issus des mêmes déterminations fondamentales. »



En marge...

Contrairement à Damasso, j'ai choisi de ne pas utiliser le mot âme dans mon texte, compte tenu de sa connotation religieuse, lui préférant conscience ou esprit. Mais comme ces mots ont des significations qui souvent se superposent, j'ai consulté quelques dictionnaires et mon encyclopédie de la philosophie pour m'éclaircir les idées. J'en retiens :

·  La conscience est l'impression qu'ont certains êtres vivants de se sentir exister. C'est la connaissance intuitive de soi, le sentiment qu'un sujet possède de lui-même, de ses états internes et de la réalité en dehors de lui. Descartes identifie la conscience à la pensée, ce que contestent Nietzche et Freud.

·  L'esprit, selon la psychologie et la neurobiologie modernes, est l'ensemble des facultés intellectuelles et mentales, conscientes et inconscientes : c’est la réalité pensante dans chaque individu. On l’appelle conscience en philosophie, c’est aussi, en partie, l’âme de la religion et de la métaphysique.

·  La pensée est l'activité psychique consciente de l’humain qui rend possible l’interprétation de la connaissance, la synthèse sublime de la perception, de la mémoire et de l’imagination ainsi que l’élaboration des concepts d’apprentissage et de création.

·  La raison est la faculté qui permet de fixer des critères de vérité et d’erreur, de discerner le bien et le mal et de mettre en œuvre des moyens en vue d'une fin donnée.

·  L’intelligence est la faculté qui permet d’analyser et de comprendre les choses et les faits, de découvrir les relations entre eux et de s'adapter à des situations nouvelles.

·  L'âme : Aristote y voyait le principe susceptible d'animer la matière, de conférer la vie. Platon la concevait comme un principe lié au monde des idées et séparé du corps. Sous le vocable de « substance pensante », Descartes en a fait le principe de l'activité consciente. Cependant, dès Augustin, la chrétienté en fait une construction religieuse, en quelque sorte la substance de Dieu en l'homme. Je préfère, et de loin, utiliser ce mot exclusivement pour les sens symbolique et stylistique de la poésie et de la littérature.

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