lundi 13 septembre 2010

Un roman choc, un film choc, un artiste unique

Ce soir, j'ai vu un film très particulier : Bull's eye, un peintre à l'affût (http://www.bullseyelefilm.com/#). Documentaire de Bruno Boulianne brossant un intriguant portrait du peintre Marc Séguin. Le même Marc Séguin qui nous présentait, l'an dernier, son premier roman. Sous la plume de ma complice, Morphème, alors bulletin, publiait le texte suivant :





La foi du braconnier
Marc Séguin
Éditions Leméac
2009 – 152 pages

L'impression que m'a laissée ce texte l’automne dernier ne s'estompe pas. Deux choses m’avaient attirée en lisant l’article du Devoir : auteur artiste peintre, héros à demi Mohawk. La plaquette vert mousse était en bibliothèque. Je n’ai pas eu de mal à la commencer. Un peu de pudeur à la continuer.

Un homme nous invite dans sa chambre et se met à nu. On ne voit pas son corps, mais les replis de son âme. Ses élans, ses réticences, les sources de son désir, ses éteignoirs. Je n’avais jamais eu ce type d’intimité, un tel contact avec une âme étrangère capable de me la rendre aussi proche qu’étonnante, aux limites de la perversion. Un poil hésitante, j’ai finalement envoyé les scrupules au grenier, décidant qu’il valait mieux voir, goûter et entendre que refuser.

J’ai donc avalé le livre en quelques lampées par quelques soirs de septembre comme on visionnerait un documentaire choquant. Car on y côtoie la mort, l’errance, l’erreur, le néant. Puis, sa lecture terminée, le texte de Séguin allait vite être remplacé par des centaines de pages à traduire ou réviser, métier oblige. Bien qu’elle fût nette et singulière, l’empreinte laissée en moi par La foi du braconnier aurait bien pu s’effacer au passage de la proposition très accomplie de Dany Laferrière (L’énigme du retour, Boréal, 2009), de la classique, la magistrale Montagne secrète de Gabrielle Roy (Beauchemin, 1961) ou encore de l’insolent d’intime Journal de Marie Uguay (Boréal, 2005).

Sans exception, c’est pourtant Séguin et son braconnier qui ont continué de s’imposer. À mon souvenir et dans mes conversations. Sans doute parce que le récit se transforme rapidement en un aller simple au pays des sauvages. Un aller périlleux au cœur métis. Je dis sauvages sans condescendance, en toute vérité, pour exprimer l’audace d’un écrivain qui nous livre dare-dare l’essence d’un homme qui a faim, qui dérive, qui cherche et qui trouve. Mais pas tout à fait ce qu’il cherchait : peut-être plus encore, peut-être mieux. Peut-être pas non plus…

Le rapport entre l’au-delà, la chasse à l’orignal, la gastronomie, la mort, la chaleur du sang, la chaleur d’un sexe, la fidélité, la liberté… vous suivez ?

C’est aussi sinueux et continu que ça. Absolument continu, dans tous ses écarts. Le héros tracera FUCK YOU sur une carte géographique pour clouer le bec à une serveuse. Il se donnera ensuite l’étrange mission de parcourir le nord du continent sur les traces de son anathème. Ça l’amènera à l’ouest et au nord. Ça le confondra. Ça l’absoudra.

À la fermeture du livre, on voudrait bien se retrouver en forêt entre Marc. S. Morris et l’orignal traqué. Pas pour recevoir la balle, non. Pour la précéder. Et pouvoir dérober au chasseur, avec sa proie, assez de rage pour aguerrir sa foi. Alors, on surprendrait un homme à aimer, pas à pas, sans sombrer. À aimer une femme. Un enfant. Le présent. La vie, même absurde. À aimer simplement. Avec la force du braconnier.

À lire pour goûter l’humus et pénétrer l'univers insolite d'un homme révolté.
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Karen Dorion-Coupal

Si vous désirez en savoir plus sur le film, lisez cet article de Karen rédigé le printemps dernier à l’occasion de la première du film lors du Festival international du film sur l’art : L'humain dans la mire d'un artiste à l'affût – Une classe de maître signée Boulianne-Séguin (http://www.bullseyelefilm.com/pdf/HumainDansLaMire.pdf).

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